Les Espagnols ont écrit leur légende avec noblesse dimanche soir. Leur victoire offre enfin au football une belle histoire. VIDEO
Dans les yeux d'un supporter espagnol © AFP
C'est un engouement inexplicable et irraisonné et la phrase fétiche des assagis ne doit jamais être oublié car oui, ce n'est que du football. Il est un sport parfois fragile et souvent décrié, la plupart du temps à raison, un sport qui sait offrir des images tragi-comiques de joueurs internationaux refusant de s'entraîner. Il y a des mensonges au milieu des visages, des communiqués cinglants et des sélectionneurs désabusés, gel dans les cheveux et fric-roi autour des casques de musique plantés sur les cranes.
La victoire de l'Espagne maquille ce cynisme. Il le cache un instant derrière un sourire latin. Grâce aux images. Il y avait d'abord ces incroyables fautes commises par Van Bommel et De Jong, prouvant au passage que ces deux joueurs sont au football ce que le mensonge est à la vérité : sa négation.
De vérité, il en a été question pour la deuxième image et ce sourire d'Andrés Iniesta, buteur valeureux ôtant son maillot national pour saluer la mémoire d'un joueur et ami disparu l'été dernier, Daniel Jarque. Siempre con nosotros (toujours avec nous) peut-on lire sur le torse du joueur barcelonais. A ce niveau, le football n'est rien de plus qu'une métaphore de la vie sociale et si l'on vit ensemble, on meurt aussi ensemble. Cette unité, prisée par l'Espagne, prend forcément des allures politiques avec la victoire de la Roja. Comme en 1998, quand les anciens maux bleus s'effaçaient derrière les idées black, blanc, beur, l'Espagne veut prouver au monde et à elle-même que son régionalisme ne s'oppose plus à son unité.
La troisième image est celle d'un gardien de but. Iker Casillas n'est pas l'illustration d'un football assaini de ses dérives bling bling. Le gardien du Real Madrid a 29 ans mais dimanche soir, sur une pelouse de Johannesburg, Iker avait cinq, six ans, et pleurait. Dans son voyage au bout de la nuit, Casillas réalisait le rêve de tous les gosses. Il était encore en larmes, alors qu'il venait juste de porter le trophée doré devant la terre entière. En zone mixte, interviewé par la journaliste et compagne Sara Carbonero, le capitaine espagnol n'écoutait plus. Il n'y avait rien à ajouter sinon un geste, un baiser donné par Iker Casillas au bout de la retenue. Alors le joueur et star n'était plus rien sinon un homme heureux, comblé par un sport démesuré.
Le football peut être sale et illustrer tous nos grands travers. Il peut aussi figurer nos grandes valeurs. « Le football est le reflet de notre société, disait Aimé Jacquet en 1999. Regardez-bien l'expression d'un joueur sur le terrain, c'est sa photographie dans la vie. » Iniesta ou Casillas l'ont prouvé comme tous les autres. Cette fois, c'est le bon côté qui a primé. Car bien devant les dollars, dimanche, trônaient les sourires.
lundi 12 juillet 2010
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